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déc
21
classée sous (Allgemein) de Charlotte le 21.12.2007

Fin des contrôles d’identité le long de l’Oder et de la Neisse : la Pologne entre dans le fameux espace Schengen, la frontière germano-polonaise n’est plus une frontière extérieure de l’espace Schengen.

Sauf exception, il n’y aura plus de contrôle aux postes frontières, mais des patrouilles dans les alentours de la frontière. Et comme l’Allemagne, la France et les autres pays de l’espace Schengen, la Pologne aura également accès aux multiples données précieusement enregistrées dans le système d’information de Schengen I (SIS I), lequel contiendra des données biométriques à partir de mars 2008 (SIS II).
Quant le marché du travail intérieur, lui ne deviendra réalité qu’en 2010, date jusqu’à laquelle les Polonais auront besoin d’une autorisation de travail au sein de l’espace Schengen.

Afin de savoir quels regards portent les habitants et acteurs de la région sur ces changements, le Veloblog leur donne une fois de plus la parole. J’ai posé les deux questions suivantes à environ trente personnes de la région frontalière, aux profils très différents, habitant tantôt en Allemagne tantôt en Pologne et rencontrées cet été lors de mon périple velobloguien :
- dans quelle mesure la disparition des contrôles aux frontières va-t-elle changer votre quotidien ?
- est-ce que vous pensez que « l’ouverture » de la frontière va avoir un impact sur les relations germano-polonaises ?

Un joli patchwork de réactions résulte de cette petite enquête. Vous pouvez le découvrir ci-dessous comme dans la presse allemande et polonaise, auxquelles il fut proposé avec le secret espoir de voir émerger une sorte de coopération entre les régions frontalières dans le traitement de l’information.

Bonne lecture !


Rebecca Smith

 

Rebecca Smith

Grosshennersdorf, employée du département de langues de l’université de Zittau/Görlitz
Citoyenne américaine, je me réjouis de pouvoir passer la frontière sans nouveau tampon pour rendre visite à des ami(e)s et/ou faire mes courses en Pologne et République tchèque. Avec jusqu’à parfois six tampons par trajet, le passeport est rapidement rempli ! Ici, certains ont peur pour la sécurité et le travail. Personnellement, je suis plutôt en faveur de libertés et de frontière ouvertes.


Andreas_Damisch

 

Andreas Damisch


Grosshennersdorf, artiste, musique et sculpture

Pour un Autrichien, ici, c’est comme au pays. Avec la Monarchie, il y avait déjà eu une tentative vers l’Europe. Depuis, c’est tout à fait normal en Autriche qu’une personne sur trois porte un nom aux consonances tchèques, hongroises ou « typiquement autrichiennes ». Alors lorsque j’ai entendu parlé des nombreuses initiatives de part et d’autre de la frontière, ça m’a donné envie d’habiter dans le coin. Décision que je n’ai jusqu’à présent pas regrettée !


Pawel Sosnowski

 

Pawel Sosnowski

Görlitz, Photograph
Pour moi qui suis Polonais et habite en Allemagne, l’abandon de contrôles aux postes frontières ne devrait pas changer grand-chose. Les contrôles disparaîtront seulement visuellement. C’est un plus au niveau vie professionnelle et vie privée. J’espère bien ne plus avoir à prévoir de temps d’attente pour passer la frontière, ce qui devrait notamment s’avérer pratique pour mon travail en tant que journaliste de presse.


 

Miroslaw Swiecicki

Zgorzelec, conducteur d’ambulance
Les Allemands de l’Est préfèrent vivre avec une frontière, ils ont peur que des gens viennent en Allemagne et volent des affaires. Beaucoup de Tchèques volent en Allemagne, je l’ai vu à la Télévision polonaise. Mais les Allemands ont peur des Polonais. Et les Polonais pensent que c’est mieux de vivre sans la frontière. Il y a seulement un gros problème : les Allemands gagnent en moyenne deux à trois mille euros par mois et les Polonais deux à trois cents euros. Ca aussi, ça doit changer.


Wolfgang Martin

 

Wolfgang Martin

employé par la commune de Mühlrosen, non loin de la mine de Nochten
Le développement de l’exploitation à ciel ouvert ne devrait pas être influencé par l’ouverture de la frontière. L’entreprise Vattenfall, gérante de la mine de Nochten, exerce également ses activités au-delà de la frontière et gère des exploitations côté polonais où il existe déjà certaines formes de coopérations. C’est donc très peu probable que de la main d’œuvre étrangère vienne ici, d’autant plus que la surface comme la durée de vie du site de nochten sont déjà définies.


Gabriele Schönfelder

 

Gabriele Schönfelder

Bad Muskau, designer
C’est une ouverture comme lorsqu’une porte s’ouvre entre deux bons voisins qui se connaissent depuis longtemps, ont déjà pris le café ensemble, mais ne savent en définitive pas grand-chose l’un de l’autre. Maintenant, la clôture tombe et ils ont un jardin commun ! C’est une vraie chance pour assumer le passé et vivre au présent. Ce processus doit être soutenu par le corps politique comme par l’engagement des citoyens : ça n’a rien d’automatique !


Andreas Peter

 

Andreas Peter

Guben-Gubin, historien
L’ouverture de la frontière devrait influencer les relations germano-polonaises de manière positive, même s’il y a ici des gens qui ont peur et craignent une hausse de la petite délinquance. Ca reste à voir, mais de toute façon, les agents de protection des frontières ne vont pas disparaître du jour au lendemain et le problème sera limité. Les échanges au niveau culturel et économique devraient s’intensifier et à Guben-Gubin, les bâtiments du poste frontière ne devraient pas rester vides très longtemps : quelqu’un d’autre emménager et un café devrait voir le jour : le Café Schönberger.


Irmgard Schneider

 

Irmgard Schneider


Guben-Gubin, présidente de l’association Pro Guben

Nous allons pouvoir aller droit au but, sans avoir à faire de détour par le poste frontière, nous pouvons nous déplacer comme bon nous semble. Le système de circulation devrait être modifié : il ne sera plus obligatoire de passer par la rue Gubiner Strasse, ce sera possible d’emprunter la rue Frankfurter Strasse. Simple comme autrefois, quand j’etais encore une petite fille.


Werner Bode

 

Werner Bode

lotissement ernst-Thälmann, retraité et communiste
En tant qu’habitant à proximité de la frontière, ma vie devrait peu changé : ceux qui le voulaient pouvaient déjà aller de l’autre côté. Pour les escrocs et fricoteurs en tout genre, ca devrait leur faciliter la magouille. Ils se feront seulement pincer par hasard, par recherches ciblées ou sur dénonciation de la population. Il va falloir devenir encore plus vigilant. Monsieur Schäuble ne peut plus garantir la sécurité aux citoyens. Il fait des promesses mais ne les tient pas.


Peter Voigt

 

Peter Voigt

Ziltendorf, RMIste
Chaque jour, la presse regorge en faits divers, braquages et autres cambriolages. On va maintenant mettre tout ça sur le dos des polaques ! Tous ont peur de plus de criminalité : pas moi ! Ce qui m’est arrivé, c’était avant l’ouverture des frontières : dévalisé à trois reprises, une fois cambriolé et deux fois tabassé – chaque fois par une personne de nationalité allemande.


Petra Mallat

 

Petra Mallat

Forst, éducatrice et collaboratrice du centre de loisirs pour les jeunes de la ville
Avec la suppression des contrôles à la frontière, nous pourrons retrouver encore plus rapidement nos amis et camarades de sport de Lubsko. Le prix de l’essence s’ajustera vite sur ceux en vigueur ici et peut-être que le courrier circulera plus rapidement entre les deux pays voisins. Peut-être aussi que la bureaucratie sera moindre lorsqu’on organisera des rencontres germano-polonaises, lorsqu’on voudra/devra pour cela solliciter des fonds.


Hans Kremers

 

Hans Kremers

du centre familial de Grießen
Notre vie quotidienne ne devrait pas changer avec la fin des contrôles à la frontière. Ce sera seulement plus simple et plus rapide de prendre contact avec les voisins, les relations germano-polonaises déjà très bonnes (notamment entre les écoles primaires et maternelles) n’en seront que meilleures, ce à quoi nous travaillons déjà activement avec la maison de la famille (Haus der Failie e.V.) à Guben.


Hans-Joachim Musick

 

Hans-Joachim Musick

Kietz, RMIste
Pour nous, l’ouverture de la frontière, ça ne veut pas dire grand-chose. Ce fait plutôt sens pour les personnes de la RDA plus âgées, qui ont travaillé de l’autre côté et qui ont toujours des connaissances à Küstrin : elles pourront aller de l’autre côté plus facilement, sans contrôle. On se sentira plus comme des voisins. Côté allemand, beaucoup parlent d’une criminalité plus importante, mais je ne peux pas vraiment me l’imaginer.

Andre Schneider

Kietz, pêcheur et capitaine pour les touristes
Pour nous, l’ouverture de la frontière a ses bons côtés : nous pouvons maintenant proposer des tours en bateau sur la Warte et pénétrer plus à l’intérieur de la Pologne sans aucun contrôle. Ca devrait plaire à nos clients, aux touristes. Mais l’ouverture a aussi pour nous ses mauvais côtés : nous gagnons notre vie grâce aux personnes qui viennent faire leurs courses en Pologne, grâce au trafic frontalier. Et si les prix s’ajustent, les clients se feront plus rares. Nous attendons de voir.


Michael Kurzwelly

 

Michael Kurzwelly

président de l’association Słubfurter
A Frankfurt-Słubice, l’ouverture de la frontière renforcera l’idée qu’il s’agit d’un seul et même espace urbain et non de deux villes complètement distinctes. Les barrières vont disparaître, ça va être plus facile de passer d’un côté à l’autre. Maintenant, ce serait vraiment pratique d’avoir un bus ou une ligne de tram qui passe la frontière. Un espace dans lequel on ne sait plus si on se trouve en Allemagne ou en Pologne devrait se développer. Comme au nord, là où les Polonais de Stettin achètent des terrains côté allemand, où les villages sont parfois moitié allemand, moitié polonais. Une région frontalière, ça devrait être comme ça : mélangé.


Leszek Ludwiniak

 

Leszek Ludwiniak

Gryfino, directeur du service éducatif et social de la ville de Gryfino
A mon avis, l’entrée de la Pologne dans l’espace Schengen, ça ne devrait pas changer grand-chose, mais le côté allemand a vraiment peur. Personnellement, en partant de Gryfino, je vais pouvoir rejoindre plus rapidement la ville de Stettin en passant par Mescherin et Rossow et tout ça, sans les pénibles contrôles d’identité et de bagages !


Inge Bocklage

 

Inge Bocklage


responsable du secteur d’Altwarp pour les ferry-boats Adler Schiffe

L’ouverture est un soulagement : nous gagnons du temps car nous ne sommes plus obligés d’aller jusqu’au poste frontière, nous pouvons aborder où nous voulons. Mais nous aurons aussi certainement moins de clients. Les liaisons routières devraient se multiplier et les gens plus prendre la voiture. Du point de vue économique, l’ouverture de la frontière, pour nous, est négative. Mais pour les relations germano-polonaises, ce devrait être un plus. On va se rapprocher les uns des autres. Je ne peux pas dire pourquoi, c’est un sentiment.


Pauline Dumontet

 

Pauline Dumontet

touriste française le long de la frontière cet été

La fin des contrôles devrait faciliter la vie aux habitants, je pense qu’ils verront « l’autre côté » différemment. La perte d’un rituel et le gain d’une liberté ? En tout cas, les échanges économiques devraient être facilités et, avec le temps, les habitants deviendront certainement plus mobiles. Certains lieux qui étaient des passages obligés jusqu’à présent se verront peut être moins fréquentés s’il est possible de passer d’un côté à l’autre de la frontière n’importe où.


Yan Wang

 

Yan Wang

étudiante chinoise et touriste sur l’île d’Usedom cet été
Moi qui suis étudiante à Leipzig et Chinoise, j’ai dû demander un visa au Consulat polonais de Leipzig. Ca m’a coûté une demi-journée d’attente et 50 euros. Mais ça valait le coup, le voyage à la frontière fut formidable. Swinoujscie est une ville pleine d’énergie. Les gens y vont et viennent, Les Polonais sont sympathiques et ouverts à tout visiteur. Si la frontière s’ouvre, la Pologne sera de nouveau inscrite à mon agenda de voyage !


Ludovic Fresse

 

Ludovic Fresse

président de l’association Deltoidea
La suppression des contrôles à la frontière germano-polonaise a, pour nous autres ressortissants de l’Union Européenne, surtout une valeur symbolique, mais celle-ci n’est pas à négliger - d’autant que la frontière Oder-Neisse a été longtemps et souvent énergiquement contestée ! La frontière germano-polonaise, à l’image de la frontière franco-allemande, peut devenir un lieu de rencontre après avoir été pendant des décennies une séparation, un obstacle. C’est une bonne nouvelle pour les relations entre les deux pays (qui sont enfin invités à tourner la page de l’après-guerre) et pour les voyageurs des trains de nuits qui ne seront plus réveillés à Francfort-sur-l’Oder par des douaniers sans délicatesse !



oct
01
classée sous (Allgemein) de Charlotte le 01.10.2007

Ca fait maintenant un mois que l’aventure du Veloblog s’est terminée et pas un jour ne passe sans que je n’en entende parler ! Une lettre, un mail ou un coup de téléphone de personnes rencontrées cet été à la frontière germano-polonaise, des organisations et associations demandant une conférence, un récit de voyage : le Veloblog demande plus d’attention qu’un bonzaï… mais j’en suis ravie !

Alors que le dernier « interview bilan » pour l’émission accents d’Europe sur RFI est en vue, je file à la poste pour envoyer les paquets des heureux gagnants du concours de « blogommentaires ».

Ont été récompensés :
- Apolline : « la plus jeune ». Elle a su tourner les pages du Veloblog pour en suivre l’histoire au fil des jours, mêlant son grain de sel quand bon lui semblait.
- Bruno : « le multifonctionnel ». Renvoyant la balle par commentaires interposés et jeux de maux, photographe assidu et acteur de la dernière semaine, il aura vécu le Veloblog jusqu’au cou !
- Dorothea et Jutta : « Pour leurs compléments d’informations nutritionnels ». Ces dames du bureau d’informations de Lebus ont compris l’ambition du Veloblog – faire connaître la région frontalière de l’Oder-Neisse via les histoires racontées par ses habitants et acteurs. Elles ont su user des commentaires pour compléter les récits non exhaustifs. Ainsi le Veloblog deviendra plate-forme de discussions sur la région !
- Frank : « le meilleur webmaster ». Que le soleil brille ou la pluie dégringole : il est toujours là, calme et compétent. Même pour les commentaires. Tout simplement !
- Hans-Joachim : « tout par la bouche ». Quasiment chaque jour, il m’a appelée pour savoir où j’étais. Il lui fallait faire la croix dans l’atlas. Et me conter ses expériences à lui. C’est qu’il a de la suite dans les idées. Mais malheureusement pas un job en vue…
- Hervé : « meilleur commentateur de fond » - hors catégorie. Cette remise de prix se passe de tout c.o.m.m.e.n.t.a.i.r.e. !

Voilà le palmarès ! Et le Veloblog continue son bout de chemin : vous pouvez m’aider à le répertorier dans les annuaires de blogs allemands, français et polonais ou encore le soutenir au concours de blogs de la Deutsche Welle, le proposant pour le prix « blogwurst » : www.thebobs.com/index.php?w=1184339000171979CMBZJVEF

Et le plus important arrive : le Veloblog ne rejoindra pas le cimetière de blogs du Net mais s’apprête à être restructuré pour devenir une plate-forme d’informations et de discussions sur la région traversée, sous la forme d’une carte avec des noms de lieux cliquables, histoire de mettre un peu d’ordre géographique et d’optimiser les informations recueillies.

Enfin, à l’occasion de l’entrée de la Pologne dans l’espace Schengen, deux documentations photos sur le Veloblog seront exposées à Berlin et à Varsovie. Je me suis pour cela mise à apprendre sérieusement le polonais…

Et en attendant de trouver l’inspiration nécessaire pour écrire un livre sur l’aventure comme plusieurs me l’ont demandé, je ne peux pour l’instant que vous proposer de commander pour une modique somme l’intégralité du Veloblog version papier dans la langue de votre choix.
Je suis pour cela joignable par mail via la fonction « contact » (en haut à droite…).

Et ensuite ? Eh bien, le reste, vous l’apprendrez en vous abonnant à la newsletter du Veloblog !

Espérant que nous ferons encore un bout de chemin ensemble, ici ou là, comme ci ou comme ça !

Charlotte Noblet.



août
31
classée sous (Allgemein) de Charlotte le 31.08.2007

C’est dans la Mer Baltique que se perd la frontière germano-polonaise, tout au nord. Nos regards se perdent dans le lointain, le vent souffle, une fine pluie tombe. L’ambiance n’est pas à la baignade. Plutôt à l’ouverture d’horizons nouveaux. Nous traçons un énorme «www.veloblog.eu » dans le sable, tous ensemble. De quoi mettre symboliquement fin à une belle aventure, d’inviter d’autres personnes à s’embarquer sur le navire ?

Cela se passe de tout commentaire. Ou plutôt non : un concours de « blogommentaires » est lancé ! Le Veloblog est plus que jamais avide de commentaires. Le 30 septembre, les meilleur(e)s commentateurs ou commentatrices seront franco-germano-polonaisement récompensés !

Le palmarès sera bien entendu annoncé en ligne. Je vous invite donc non seulement au(x) commentaire(s) mais également à vous (re)connecter le 30 septembre et vous promets alors un programme post-Veloblog bien émoustillant!

A vos claviers : je me réjouis à mon tour de vous lire… Après six semaines de petites histoires, vous me devez bien ça !

Velobloguement vôtre,

Charlotte Noblet.



août
31
classée sous (Allgemein) de Charlotte le 31.08.2007

Le dernier jour du Veloblog débute vraiment comme les précédents : récit des derniers événements, formatage et mise en ligne des photos, petit déj mi-salé mi-sucré et prise de contact avec la presse locale. Seule Melanie doit déjà nous quitter pour rejoindre Berlin.

Le reste du groupe retrouve le journaliste du Ostsee Zeitung dans un café : un dernier entretien autour d’un café, plutôt détendu. L’occasion d’en savoir un peu plus sur la vie de l’île, sur les relations entre Allemands et Polonais, les espoirs de notre interlocuteur pour un meilleur dialogue et une plus grande curiosité des uns envers les autres avec l’entrée prochaine de la Pologne dans l’espace Schengen.

La fin de l’isolation de Świnoujście ? Car pour l’instant, les postes frontières seraient réservés aux piétons et cyclistes. « Les automobilistes doivent parcourir plus de 240 kilomètres pour juste « aller de l’autre côté », comme on dit. Ils doivent contourner le fameux haff de Stettin que vous avez eu tant de mal à passer en bateau. Une vraie absurdité », nous explique le journaliste qui, lui, a une dérogation pour rouler d’un côté comme de l’autre. « Avec Schengen, les Allemands vont certainement s’intéresser à Świnoujście », spécule-t-il, non sans s’inquiéter de l’état des routes de la ville polonaise si elles deviennent fortement fréquentées par les voitures. De mon côté, je m’interroge sur le sort des chauffeurs de taxi et de charrettes à chevaux qui transportent les touristes du commerce frontalier ici et là. Bientôt la fin d’une époque ?

Ce serait Staline qui, en 1945, aurait ainsi souhaité partager l’île, imposant ses volontés lors du traité de Potsdam. « Il croyait peut-être faire un cadeau à la Pologne, mais c’est loin d’être le cas ! », s’exclame le journaliste allemand, marié avec une Polonaise. « La situation de Świnoujście ne cesse de faire réfléchir Varsovie », nous raconte-t-il. « Dans les années 60, il a déjà été question d’un tunnel entre Świnoujście et Wollin, sur le continent » Le sujet de discussion ne serait pas totalement clos et des subventions européennes pourraient s’avérer utiles… Et d’ajouter : « il faut dire qu’entre la vie sur l’île d’Usedom et la vie sur le continent… deux mondes bien différents ! » Ainsi, les frontières seraient doubles : entre l’Allemagne et la Pologne, entre l’île et le continent.

Et la frontière, elle fera parler d’elle dans le Veloblog jusqu’au dernier moment ! Jan, avec son visa, ne peut entrer et sortir qu’une seule fois de Pologne. Impossible donc pour l’étudiante chinoise de découvrir le côté allemand de l’île puis de revenir passer la nuit à Świnoujście, côté polonais. Nous nous résignons donc à aller sur la plage polonaise…



août
30
classée sous (Allgemein) de Charlotte le 30.08.2007

C’est à travers bois que nous rejoignons la frontière. En chemin, nous découvrons le Golm, point culminant de l’île d’Usedom. 69 mètres de haut et une histoire décapante. Car du lieu où plusieurs venaient autrefois passer quelques jours de repos, il ne reste quasi rien. Un cimetière de soldats marins a vu le jour. Mais la date qu’ici personne n’oublie, c’est le 12 mars 1945. Lorsque les Américains ont bombardé le port alors plein à craquer de bateaux pour les réfugiés et les blessés de guerre. Plus de 20 000 morts. Aujourd’hui, le lieu de commémoration invite au recueillement et aux rencontres internationales de jeunes.

Nous poursuivons notre route. Les tenues de pluie sont plus endossées pour la forme qu’autre chose. Enfin, à mon grand bonheur, nous atteignons le poste-frontière du sud de l’île. Celui qui sépare l’île, en grande partie allemande, de la ville polonaise de Świnoujście, à l’est de l’île.

Ou plutôt, de la presqu’île. Car il est possible de rejoindre Usedom en voiture ou en train, en passant par l’ouest. C’est d’ailleurs le chemin emprunté par Sylvia et son amie chinoise, toutes deux venues de Leipzig afin de retrouver l’équipe du Veloblog à l’arrivée. Plus de six heures de bus et un visa pour Yan. Une vraie expédition !

Rendez-vous est donné à l’auberge de jeunesse. Et là, opération magique : en donnant le numéro de téléphone de Zbigniew Jakobsche, directeur de l’auberge de jeunesse de Stettin qui avait accueilli la dernière « journée rencontres » du Veloblog, les portes s’ouvrent non sans un regard complice. Merci pour ce nouvel accueil ! Je ne comprends pas tout, mais conserve bien la carte de visite en question : de quoi faire un tour du monde ?!

Le toit assuré, nous slalomons sous la pluie entre les pâtés de maisons plus ou moins hauts, plus ou moins gris de Świnoujście et nous nous réfugions, pour le dernier soir du Veloblog, dans un restaurant. Bien confortable…si ce n’est que la cuisine ferme à 22 heures et nous oblige quasiment à nous retrouver au Sklep, à choisir une bouteille de vodka parmi d’autres…



août
30
classée sous (Allgemein) de Charlotte le 30.08.2007

L’homme fort du groupe monte à vélo et les trois filles se préparent pour un numéro de stop. Rendez-vous au port pour le départ du ferry, 17 kilomètres plus loin et maxi deux heures plus tard.

Après un petit quart d’heure de marche, le pouce en l’air, nous voici dans la voiture d’un couple du Neu Brandebourg venu passer quelques jours dans leur Bungalow. Ca fait des années qu’ils viennent passer leurs vacances dans le coin : « Ca a bien changé, avant les bus venaient les uns derrière les autres pour les bateaux duty free. Mais maintenant la région est d’un calme… » Nous arrivons à la hauteur de notre vaillant cycliste : encore six kilomètres et nous nous retrouverons au port, devant un café bien chaud. C’est que le ferry se fait attendre…



août
30
classée sous (Allgemein) de Charlotte le 30.08.2007

Campement près du poste-frontière, sans feu de camp mais réchauffés par quelques goulées de vodka Żubrówka et pas de danse, un petit déj agrémenté par la venue d’une journaliste du journal local, le Nord Kurier, et nous voici prêts pour de nouvelles histoires et pour le défi du jour : rejoindre l’île d’Usedom, comme ci ou comme ça.

Nous misons beaucoup sur les pêcheurs du village de Altwarp. Huit au total selon madame Schnase, qui non seulement travaille à l’association du petit port („Fremdverkehrsverein Altwarp am Stettiner Haff e.V. ») mais connaît également tout le monde en tant qu’enfant du pays restée au pays. « Il y a trente ans, il y avait ici encore une cinquantaine de pêcheurs, mais les temps ont changé. Le métier est dur et les plus vieux partent à la retraite sans être remplacés », m’explique-t-elle.

Nous assistons en milieu de matinée au retour des pêcheurs qui déchargent leurs prises à la coopérative du village : beaucoup de sandres et de perches qui rejoindront Ueckermünde, la ville voisine, pour être distribuées dans les poissonneries et restaurants environnants. « Les pêcheurs louent l’emplacement en mer pour leurs filets », me raconte madame Schnase en me montrant les bouées de chacun préparées pour la prochaine sortie. Aujourd’hui, pas d’anguille. Mais on m’en parle tout de même, des anguilles du haff, car elles seraient délicieuses. Rien à voir avec les anguilles d’élevage. Seulement, il faut partir de nuit et les pêcheurs n’y vont pas tous les jours…
Au fil des conversations, même si la plupart voudraient plus de tourisme, plus de trafic sur le Stettiner Haff, peu de pêcheurs sembleraient toutefois prêts à nous emmener de l’autre côté. Mais il nous reste une dernière carte : le fils du restaurateur où nous avions commandé notre repas, la veille au soir. Pêcheur lui aussi, il serait prêt à nous conduire sur l’île en début d’après-midi, nous et notre vélo.

Petit coup de fil rassurant : de quoi en profiter pour se promener dans le village, à la recherche des traces de l’histoire en attendant la rentrée au port de notre pêcheur dévoué.

Là, la maison ronde au toit de chaume, dernier bâtiment témoignant de la présence d’un camp de prisonniers pendant la Seconde Guerre mondiale. « Il y avait des Français, des Belges et des Russes qui travaillaient au camp », m’explique madame Schnase. « Ils fabriquaient des pièces pour les fusées de type V1 qui étaient montées et essayées à Peenemünde. » Enthousiaste à l’idée de présenter son village d’enfance, madame Schnase me raconte le déplacement des habitants de Altwarp à Altstadt, du temps du troisième Reich, pour permettre à l’armée de développer sa zone militaire. Puis elle évoque le cimetière soviétique, situé dans les dunes proches du village. « Il y avait aussi des Français et des Belges, au total à peu près 250 personnes enterrées dans une fosse commune », me dit-elle. « Mais les corps de ces derniers furent rapatriés en 1953. Restent aujourd’hui les Russes. »

Nous étions en train de prendre quelques photos des lieux pour le Veloblog quand le téléphone sonne : notre pêcheur ne pourra pas nous transporter, nous apprend-t-on au restaurant du coin. Léger stress et grand sprint pour essayer d’attraper le dernier bus à destination d’Ueckermünde, de là où part le dernier ferry officiel pour l’île. Malgré la grande motivation des troupes, rien ne sert de courir, il faut partir à point… le bus est déjà passé.

Petite concertation de groupe : redemander aux pêcheurs si vraiment, il n’y a pas moyen de passer de l’autre côté, ou se débrouiller pour rejoindre Ueckermünde et prendre le ferry comme tout le monde ? La deuxième solution est adoptée. Nous ne pouvons forcer l’habitant à aider le Veloblog et nos talents de persuasion sont à bout. Pour la première fois, le Veloblog doit trouver un ersatz. Un peu dommage, à deux jours de la fin du périple, mais nous sommes loin de nous laisser abattre : deux personnes veulent se joindre à nous et nous attendent sur l’île d’Usedom. Nous avons quatre sacs à dos bien remplis, un vélo, 17 kilomètres et deux heures devant nous…



août
29
classée sous (Allgemein) de Charlotte le 29.08.2007

Passage du poste-frontière au bord de l’eau et embarquement à bord du ferry assurant sept fois par jour la liaison entre Nowy Warpno et Altwarp. Le capitaine nous permet de monter dans sa cabine pour bavarder le temps du trajet.

« La compagnie Adler Schiffe, elle existe depuis… disons 1992 », réfléchit monsieur Friedenhagen. Et d’énumérer les navires d’antan : « Il y avait plusieurs compagnies ici, pour les Butterfahrt. Adler Schiffe en avait cinq. Dont un ferry pour les voitures. Ce que vous voyez ici, c’est tout ce qui reste ! »

Nous nous renseignons également sur les possibilités d’aller sur l’île d’Usedom. « Ici, c’est seulement le lundi, sinon c’est depuis Ueckermünde. » Lorsque nous débarquons, un employé polonais me glisse encore un conseil, celui d’aller faire un tour au bar des pêcheurs, à Altwarp…



août
29
classée sous (Allgemein) de Charlotte le 29.08.2007

« Vous voulez parler aux gens du village pour qu’ils racontent leur région, leurs habitudes ? Mais c’est qu’ils ne font pas grand-chose, les gens d’ici. A part boire à longueur de journée… » Lukas, le gérant du camping trouve dommage que les gens du crue ne l’aident pas à réaliser ses projets. « Pas très ouverts… »

Et de me raconter lui-même un bout de l’histoire de la commune. Avant la guerre, quelque 5000 personnes vivaient ici. Il y avait une ligne de train et tout. Les infrastructures sont toujours là, mais hors service. Et personne ne semble avoir la volonté de les remettre à niveau. Et puis il y avait les usines d’armement allemandes, à Wollin et sur l’île d’Usedom. Jusqu’à ce que les Russes arrivent et détruisent tout… Après, ce fut le temps des bateaux duty free, des « Butterfahrt » : beaucoup de personnes venaient faire un tour sur le Stettiner Haff, une heure ou deux, à bord d’un bateau duty free. « Plusieurs compagnies se faisaient concurrence », se rappelle Lukas. « C’était le bon temps, ca bougeait dans le coin, mais depuis… » Depuis l’entrée de la Pologne dans l’Union européenne, plus de bateaux duty free. « Beaucoup sont partis plus à l’Est, aux nouvelles frontières extérieures de l’UE », me raconte Lukas.

Et pourtant, la frontière entre Allemagne et Pologne, UE ou pas, elle est toujours là. « Vous avez un ferry entre Nowy Warpno et Altwarp, mais seulement pour piétons et cyclistes. » Lukas aimerait tant un ferry pour voitures, pour transporter les touristes, pour que les Polonais n’aient plus à faire un de ces détours pour rejoindre Rostock. « Ici, les habitants n’attendent que ça, mais c’est à Varsovie que ça bloque. Et puis les Allemands, de l’autre côté, ne seraient pas trop partants non plus… »

Même topo pour rejoindre l’île d’Usedom : un ferry par semaine, le lundi. Ca va être difficile pour le Veloblog d’atteindre le dernier poste-frontière, tout au nord, près de la mer Baltique. Même embarquer sur un bateau de pêcheur s’annonce compliqué : « les petits pêcheurs préfèrent détruire leur embarcation et toucher pour cela de l’argent de l’UE que de continuer pour un revenu de misère. Vous allez avoir du mal à trouver quelqu’un », me prévient Lukas.

Quelle Europe ! Nous espérons que ça ira mieux de l’autre côté. En Allemagne. Cette coquille de noix trouvée sur le chemin serait-elle un bon ou mauvais présage ?



août
28
classée sous (Allgemein) de Charlotte le 28.08.2007

C’est ainsi que pourrait se résumer notre petite marche de Brzózki à Nowe Warpno, la petite ville située à la pointe nord ouest de la Pologne, tout près de l’Allemagne. De bled en bled, nous marchons, accueillis et parfois suivis par les chiens du coin. Un, deux, voire cinq par baraque. On s’habitue et les plus peureuses desserrent les fesses, admirent les vieilles maisons de briques et de poutres apparentes, les jardins d’arbres fruitiers et de fleurs. La bonne humeur est là.

Surtout quand Bartek arrive avec sa BMW pour nous apporter un nouveau câble de batterie pour l’ordi. C’est que l’ancien avait fait des étincelles au camping, avant de fondre… bizarrement, je ne panique même pas : le Veloblog en a vu d’autres et toujours, quelqu’un a proposé ses services. Cette fois, c’était Bartek. Vraiment chouette ! Grand merci, je peux continuer à pianoter une paire de jours, comme prévu.

Autres coups de chance, un sklep (ou magasin d’alimentation) ouvre ses portes hors horaires d’ouverture, nous permettant d’assouvir nos rêves de sucreries et de glaces. Et, comble du comble, un automobiliste s’arrête pour nous prendre en stop, nous quatre, nos bons gros sacs et notre vélo. Pas de problème : tout tient dans la Mercedes aux sièges peau de tigre. Le conducteur balance sa Lech dans le champ voisin : elle est vide, nous pouvons partir. Avec la techno dans la voiture, je me crois dans « Chat noir, chat blanc ». Le dialogue est minimaliste, mais les sourires sont sur les visages. Nous planterons la tente avant le coucher du soleil.



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