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Je vous laisse écouter comment une famille de Genève rencontrée au détour d’une rue à Zittau découvre notre Grande Europe… Nous les retrouverons certainement vendredi à Görlitz-Zgorzelec pour notre “journée rencontres” (cf “programme détaillé”… en haut à gauche de la page, sous le flyer…). Grosshennersdorf m’aura vraiment marquée. Peut-être car Rebecca m’a fait rencontré des personnes toutes plus engagées les unes que les autres dans leurs projets. C’est qu’elle devrait ouvrir un bureau d’informations sur le village, elle qui convainc quasi les gens de s’installer dans la commune! Dernier exemple en date : Andreas, le nouveau voisin de Rebecca qui a passé le week-end en notre compagnie et a bel et bien décidé d’emménager dans l’ancienne école maternelle voisine. Il partagera entre autres le bail avec Sven. Sven a 29 ans, vient de Stuttgart, a étudié à Berlin puis est tombé amoureux de Grosshennersdorf au détour d’un voyage à la recherche de projets culturels alternatifs. C’est ce qu’il m’explique dimanche soir, après m’avoir proposé son accès Internet et ouvert une bouteille de vin de sa région pour finir tranquillement le week-end. Malheureusement, Sven ne peut pour l’instant exercer son métier de décorateur scénique à Grosshennersdorf. Pourtant il a tout essayé, jusqu’à remplir des dossiers et des dossiers afin de faire rénover une partie de la ferme appartenant à la cour du village et de la transformer en centre culturel avec scène de théâtre. Tout y est, même la pancarte « subventionnée par l’Union européenne » sur la façade. Et pourtant, rien ne se concrétise… Ne pouvant rester plus longtemps inactif, Sven a du, comme beaucoup de jeunes, quitter la région sur laquelle il avait jeté son dévolu. Direction Osnabrück. Les cartons sont déjà faits, mais son « à la maison » reste encore Grosshennersdorf. Qui sait, peut-être que son rêve sera entendu à Bruxelles ?
Drôle de titre, si je traduis littéralement le nom du “Begegnungzentrum”, n’est-ce pas?! Le “Begegnungszentrum im Dreieck”, pour être plus précise. Encore un projet du tonnerre! Je commence à comprendre que Grosshennersdorf est un village plutôt spécial, avec une certaine émulation culturelle… et me demande si je vais un jour quitter les lieux et commencer à pédaler, car Rebecca ne cesse de me présenter de nouvelles personnes aux initiatives toutes plus intéressantes les uns que les autres… Nous voici cette fois dans une ancienne ferme à l’architecture typique de la région, sauvée de la ruine dans les années 90. “Le corps de ferme a été racheté et il nous a fallu près de dix ans pour le rénover”, raconte Mechthild, responsable avant tout des ateliers théâtre avec les jeunes. ” Des workcamps internationaux et puis, à partir de 1997, le passage de compagnons du devoir nous ont permis d’achever les travaux de restauration”. Et le travail en vaut la peine, la bâtisse est vraiment magnifique! Depuis 1999 se déroulent ici des séminaires interculturels pour les jeunes, les écoles ainsi que des séminaires de formation pour les “multiplicateurs” de rencontres multiculturelles (animateurs, enseignants, etc.). Ateliers de musique, de théâtre, vidéo et design Internet sont proposés à longueur d’année. Des partenariats existent avec des écoles de la région, côté allemand, tchèque et polonais. D’où le nom de “triangle” (”Dreieck” en allemand) donné à la région comme au centre de rencontres. “Les interlocuteurs maîtrisent de mieux en mieux la langue de l’autre”, note Mechthild. Et d’ajouter: “ce sont surtout les Tchèques et les Polonais qui parlent de mieux en mieux allemand…” En ce dimanche plus qu’ensoleillé, un spectacle de pantomines columbiennes est proposé par Barbara et Elkin. Elkin vient de Colombie et sait à merveille enthousiasmer son public par ses drôles de gesticulations et mimiques. Drôle pour petits et grands, mais aussi un brin sérieux. Elkin espère ensuite aller au Festival international du mime de Périgueux mais doit pour cela obtenir les papiers nécessaires, comprenez l’autorisation de se déplacer dans notre chère Europe… “Ah les frontières… ” Que de choses à dire! Au détour d’un café, Elkin et Barbara proposent de nous rejoindre à Görlitz-Zgorzelec, pour co-animer la journée rencontres du Veloblog, de vendredi prochain. Si les démarches administratives d’Elkin le permettent.
Et ce n’est pas un bas signe de patriotisme de ma part mais une proposition de Rebecca: se rendre à la “Alte Bäckerei” voisine pour un petit-déjeuner buffet le dimanche matin, c’est quasi-tradition ici. On se retrouve souvent entre amis dans la cour de la maison qui, depuis une quinzaine d’années, héberge deux associations bien actives: la “Umweltbibliothek” (nous y reviendrons) et un petit cinéma. “Le plus petit cinéma d’Allemagne”, me dit Antje qui y travaille bénévolement depuis plusieurs années, remplissant laborieusement les formulaires pour recevoir les subventions. Le Kunstbauerkino comptait seulement 24 places jusqu’en septembre 2005, contre 62 maintenant. Chaque mois, quatre ou cinq films sont montrés, une semaine durant, du jeudi au mardi. Et pas des navets, svp: le cinéma a été primé en 2006 pour son “programme particulièrement bon” (BKM - Kinoprogrammpreis 2006). Rebecca se réjouit elle aussi de cette offre culturelle qui lui a entre autres récemment permis d’en savoir plus sur la vie de notre Edith Piaf nationale… Chaque année, le petit cinéma organise et accueille également le Festival de Films de la Neisse. La quatrième édition a eu lieu en mai dernier. Il s’agit d’offrir une plate-forme aux jeunes réalisateurs et acteurs d’Europe de l’Est, notamment aux Polonais et aux Tchèques, m’explique Antje. Un jury trinational (allemand, polonais et tchèque) remet un prix au meilleur film pour encourager la relève et la coopération entre les pays. Et en plus du visionnage des films qui a lieu dans plusieurs cinémas de la région, un workshop sur la réalisation d’un film est proposé aux jeunes pendant la semaine du festival. “Le festival attire non seulement les habitants à 50 kilomètres à la ronde mais également les cinéphiles et journalistes de plusieurs pays”, relate Antje. Rendez-vous au printemps prochain à la “Alter Bäckerei” pour un film avec petit-déj?!
Ca y est, je peux enfin vous livrer les premiers récits et ce, sans avoir encore donné un seul coup de pédales! Arrivée à la gare de Zittau, j’ai suivi à la lettre les indications de mon hôte, Rebecca, ai hissé mon vélo dans le bus pour atteindre aisément Grosshennersdorf, village d’un peu plus de 1600 habitants situé à une douzaine de kilomètres de Zittau, direction Löbau. Son village, Rebecca le raconte à merveille, elle qui vit depuis 1995 dans la région, après avoir un temps rêvé, jeune Américaine, d’être missionnaire protestante en Russie. Moi, je vais vous raconter l’histoire du centre pour handicapés. Tout commence au XVIIIème, avec la noble famille des von Gersdorf qui possédait là un humble château. Un tantinet révolutionnaire pour l’époque, une grande dame décida de fonder une école qui serait non seulement ouverte mais également obligatoire pour tous les enfants de la commune: la “Katharinenhof” devenue, au cours de l’histoire, le centre pour handicapés du village. Et l’histoire, le centre pour handicapés la raconte. Il y a là la stèle rappelant l’enlèvement de plus de 150 enfants handicapés par les nazis. Mais il y a aussi la “Umweltbibliothek” et la “alte Bäckerei”. C’est que du temps de la RDA, m’explique Rebecca, s’occuper des handicapés permettait de ne pas être trop confronté avec le régime politique, de vivre en marge de la société. Résultat, plusieurs personnes en désaccord avec le régime sont venus travailler au centre pour handicapés de Grosshennersdorf. L’occasion de se retrouver et de développer des projets alternatifs qui existent encore aujourd’hui… alors même que le centre pour handicapés reste l’employeur principal du village et que les LPGs made in GDR (coopératives de production agricoles) sont depuis bien longtemps à l’abandon. Pas très gai peut-être, pour un premier article, et pourtant: un bel exemple a contrario d’intégration des handicapés à la société ! Demain, Rebecca devrait m’emmener chez le voisin, le monsieur de la “Umweltbibliothek”, et puis nous parlerons de ce “triangle” (ou ce point?) où se rejoignent les frontières germano-polonaise et tchéco-polonaise. Mais avant, je profite de ce bon lit bien douillet: sait-on jamais! Encore la tête dans les derniers préparatifs, remporter le premier/dernier défi: une petite soirée avant le départ, histoire de rassembler les “Berlinois” ayant eu vent du projet… ceci alors même que le vélo n’était pas chargé! Opération réussie, ce petit monde s’est retrouvé à Kreuzberg dans l’Ecole PSP Sprachpunkt pour ouïr les derniers détails du veloblog ou se laisser distraire par une installation Deltoidea. Je vous laisse découvrir le reste en images et prends le train direction Zittau, ville de départ de l’aventure, tout au sud de la frontière germano-polonaise. Et déjà, l’aventure ne fait que commencer: la ligne de chemin de fer entre Horka et Görlitz est en travaux, détour obligé par Cottbus, puis Dresde pour les cyclistes. Les trains ont du retard, les correspondances sont justes mais, jusqu’à présent, il y a toujours une personne à motiver pour un peu de gymnastique sur le quai ! C’est que je compte bien arriver à l’heure chez mon hôte, personne contactée hier soir via Hospitality Club! Cette plate-forme d’hébergements plus que recommandable pour tout aimable vadrouilleur a justement été lancée par un jeune de Dresde… Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur le Veloblog, pour l’instant bien plus paisible en apparence que la météo berlinoise. Ces derniers jours et nuits, une trentaine de jeunes Allemands, Français, Polonais… et Russe se sont activés dans la joie et la bonne humeur pour assurer le bon démarrage de ce blog trilingue le 14 juillet prochain. L’aventure, quelque peu révolutionnaire entend-t-on régulièrement, invite à découvrir la frontière Oder-Neisse que je longerai en vélo du sud au nord, six semaines durant, abreuvant les lecteurs du Veloblog d’anecdotes croustillantes comme de réflexions profondes sur une région méconnue et souvent mal jugée, alors que magnifique. Trois étapes viendront agrémenter le périple : les trois « journées rencontres » dans les villes doubles de Görlitz-Zgorzelec (20.07), Frankfurt sur l’Oder-Słubice (11.08) ainsi qu’à Stettin (25.08), journées auxquelles tout un chacun est convié. Il sera également possible de me rejoindre à partir de Stettin et de former une joyeuse caravane marchant le long de la frontière, de-ci de-là, découvrant le haff de Stettin puis rejoignant la Mer Baltique et la ville de Swinoujscie, sur l’île mi-allemande mi-polonaise d’Usedom. Je vous invite à découvrir ce programme de réjouissances sur le site Internet du Veloblog savamment concocté par notre webmaître. Vous pouvez également vous abonner à la newsletter et/ou au flux RSS pour ne pas manquer le départ ! Enfin, un pot sera donné le 13 juillet au soir à Berlin, dans le quartier de Kreuzberg. Agnieszka, ma prof de polonais, ouvre pour cela les portes de l’école Sprachpunkt avec le sourire et plusieurs personnes du Veloblog seront là pour répondre à vos questions, à partir de 20h dans la Skalitzerstr 43. Ambiance décontractée, vous pouvez amener des boissons. A bientôt, ici ou là ! Charlotte. A la question « pourquoi se lancer dans un tel projet ? » : Ceci après l’intégration de la Pologne à l’Union Européenne (mai 2004) et avant son entrée dans l’espace Schengen, c’est-à-dire dans une phase de transition entre passé et avenir qui mérite à mes yeux d’être documentée. Une occasion de repenser cette frontière au lourd passé historique, toujours fortement présente dans les têtes, mais bientôt désuète. Et qui plus est, une occasion de découvrir ensemble où mènent les pistes cyclables suivant la frontière germano-polonaise achevées fin 2006 et peut-être de vous inciter à pédaler un de ces jours à ma place ?! |