juil
26
Classé sous (poste frontière, Allgemein) de Charlotte à 26.07.2007

Alors que je pédalais vaillamment pour atteindre le prochain poste frontière (peu après le village d’Olszyna) et repasser en Allemagne, je n’ai pas pu résister à la tentation d’une “pause café”, ce que certain(e)s comprendront certainement…

C’est dans un établissement au bord de la route que j’ai fait étape. Et c’est seulement lorsqu’elles m’ont proposé de les rejoindre à leur table que j’ai remarqué qu’Eva et Aischa faisaient “un boulot pas comme les autres”. Deux filles très chouettes, l’une Polonaise (23 ans) et l’autre Bulgare (32 ans) qui me mettent en garde. Beaucoup de filles attendent les clients sur la route et les souteneurs ne sont pas loin. Je dois faire attention et trouver mon hébergement pour la nuit assez rapidement. Et les filles me racontent leurs aventures et mésaventures dans le milieu de la prostitution. Là aussi, Allemands et Polonais sont comparés. Les Allemands viennent le week-end pour s’amuser et ils payent bien. Des Polonais, il faut s’en méfier, ils sont parfois violents. Mais Eva ajoute qu’elle n’a rien contre les Polonais, elle-même est Polonaise. C’est juste que la région est connue “pour ça”.

Venant interrompre notre conversation, deux hommes s’avancent. Ils proposent aux filles de bosser pour eux. Une chambre et un site Internet, contre fifty-fifty. On échange les numéros. Mais une fois les lascars partis, les filles me disent que non, elles préfèrent bosser ensemble et à leur compte. C’est plus sûr.

De nouvelles voitures s’arrêtent. Il est temps pour moi de reprendre la route. Faites attention à vous aussi, les filles. Et merci d’avoir partager ma pause café!



juil
26
Classé sous (Paweł Szumało, Allgemein) de Charlotte à 26.07.2007

Toujours côté polonais, je continue mon bout de chemin. Jusqu’au village voisin de Nowe Czaple, pour aller à la rencontre de Gertruda Kaminska, la grande soeur de Paweł. Agée de 75 ans, elle aussi est en super forme, les yeux rieurs et surtout, pleine d’histoires d’autrefois!

Elle aussi parle de la guerre, du papa d’origine ukrainienne parti à la guerre comme soldat allemand, de la maman restée au pays avec les six enfants et du front. Neuf semaines de front et beaucoup de morts. “Les soldats polonais sont ensuite venus et ont dit que ceux qui voulaient pouvaient passer la Neisse. Nous avons suivi la maman, elle disait que c’était mieux pour retrouver le papa qui rentrait du front.” Après les retrouvailles, le père a décidé de “rentrer au pays”, comprenez de repasser la Neisse dans l’autre sens. “Peut-être qu’il a regretté après, parce que chez nous, en Pologne, c’était bien plus dur qu’en Allemagne de l’Est”, dit Gertruda. Elle aussi a dû s’adapter, apprendre le polonais, etc.

Et d’évoquer sa soeur qui s’est enfouie vers l’Allemagne de l’Ouest en profitant de l’agitation lors des soulèvements de juin 1953 en Allemagne de l’Est, de la répression soviétique. “J’ai pu lui rendre visite pour la première fois en 1971 et je ne pouvais pas dormir”, se rappelle-t-elle. “Les gens faisaient la queue dans les magasins pour acheter, ils pouvaient tout acheter alors que chez nous, les magasins étaient vides! Ca m’a écœurée, j’en étais malade!”

Les temps étaient difficiles, Gertruda ne dira pas le contraire. Pendant longtemps, elle aussi a travaillé à la coopérative. Comme cuisinière. “On n’avait pas beaucoup, mais au moins toujours un peu d’argent à la fin du mois. Maintenant, plus personne ne trouve de travail!”, Gertruda élève la voix. “Ah, nos dirigeants, ne m’en parlez pas! Ils font leur soupe là-haut et nous, les pauvres gens, nous ne pouvons rien faire!” Je me laisse expliquer le système social polonais: six mois d’allocations chômage pour ceux qui ne refusent pas trois fois de suite une offre d’emploi. Et puis plus rien. Pas de RMI à la française, pas de Hartz IV à l’allemande. De la débrouille, du travail au noir, de l’agriculture vivrière.

Le fils de Gertruda, celui qui a repris la petite exploitation familiale, est lui-même au chômage. “Il plante bien ses pommes de terre, mais soit il n’arrive pas à les vendre, soit ça ne lui rapporte rien!” La famille se réjouit des subventions européennes qui tombent depuis trois ans, mais se demande pourquoi les Polonais touchent moins que les autres agriculteurs européens.

Elle en a vécu des histoires, Gertruda. Et elle pourrait m’en raconter toute l’après-midi. Mais malgré la tentation de l’écouter encore une paire d’heures, je me décide à continuer mon chemin: c’est que je voudrais bien parcourir une vingtaine de kilomètres aujourd’hui!



Malgré son grand âge, Paweł Szumało monte encore sur l’échafaudage avec les autres pour donner un coup de main. C’est qu’à 70 ans, il peut en raconter des choses sur la coopérative de production agricole de Pustków!

Paweł se rappelle de la guerre, des Allemands qui étaient dans la cour de la coopérative et des Russes qui arrivaient. Pendant neuf semaines, les troupes se sont affrontées. Là, juste à côté, dans la forêt. Paweł s’en rappelle bien, lui qui avait alors huit ans. Puis les Allemands ont battu en retraite, direction la Neisse. Et les Russes sont entrés dans la coopérative. Là où vivaient à l’époque plusieurs familles. « Il y avait surtout des Polonais et des Ukrainiens, comme mes parents. Ils étaient venus pour travailler en Allemagne », me dit Paweł . « On s’était tous rassembler dans la cave et quand les Russes ont voulu lancer une grenade à main dans la cour, on leur a dit qu’on n’était pas allemands ! » Une chance que Paweł soit toujours là pour me raconter l’histoire. « Les Russes ? Ils nous ont demandé s’ils étaient encore loin de Berlin. »

Ensemble, nous faisons le tour des lieux sous le soleil. Ici les étables pour les vaches, là pour les cochons. Plus loin, la station-service et le garage pour réparer sa voiture. Les habitations et la maison où était distribué l’engrais. Difficile de s’imaginer l’animation des lieux, avec les personnes qui travaillaient et habitaient dans la « PGR » (en polonais) ou « LPG » (en allemand) – comprenez coopérative de production agricole, l’organisation collective du temps du communisme. Maintenant que tout tombe en ruines, que les herbes ont envahi la cour…

Paweł a travaillé pendant 46 ans sur l’exploitation. C’était difficile, mais on avait aussi du bon temps. Et surtout du travail et un peu d’argent à la fin du mois. Dans les années 70, l’exploitation était à son top : plus de 2000 hectares, 80 vaches, etc. Et puis avec le nouveau régime, la coopérative fut condamnée et s’est arrêtée de fonctionner, au milieu des années 90. La plupart des familles ont quitté la région pour travailler. Ceux qui sont restés n’ont bien souvent plus de travail. Paweł, lui, habite toujours dans la même maison. Depuis 1948. La maison d’une vieille dame, une Allemande qui est partie « de l’autre côté ». S’il est content que des Allemands reprennent l’affaire ? Bah, il faut bien vivre avec son temps et de toute façon, les Polonais n’avaient pas assez d’argent pour reprendre l’exploitation. Il me propose d’aller voir sa grande sœur, dans le village voisin de Nowe Czaple. Elle connaît bien toute l’histoire et pourra mieux me raconter.

Avant de partir, j’explique à Paweł que l’équipe du Veloblog organise des journées rencontres sur le trajet dont une à Stettin le 25 août. Paul a des enfants là-haut. Il va leur en parler. Peut-être ferons-nous connaissance à la fin du mois d’août ? Ce serait chouette. Surtout si la famille est comme Paweł. Vraiment un chic type !



Cette fois, les hommes sont là lorsque je rentre dans l’immense cour envahie par les herbes de la coopérative de production agricole (1, 2) de Pustków.

C’est Frederik qui me conte en premier l’histoire des lieux. Frederik a 18 ans et vient de Braunschweig, de l’Allemagne de l’Ouest. Ses parents y possèdent une ferme de 70 hectares. Mais il faut agrandir pour le frère aîné qui veut s’installer. « Mon papa a toujours voulu acheter en Pologne. C’était l’occasion. Parce que chez nous, c’est trop cher et en Allemagne de l’Est, le sol n’est pas très bon », me raconte le jeune homme. Et de m’expliquer qu’ils ont acheté la coopérative agricole et ses 120 hectares pour 150 000 euros. Le 15 septembre 2004. “C’était une vente aux enchères. Mon oncle était là pour nous aider, parce que nous, nous ne parlons pas polonais.” L’achat fut possible grâce au passeport de la maman, originaire des environs d’Opole mais vivant depuis une trentaine d’années en Allemagne. Et la famille Brandes voudrait bien acquérir encore d’autres terres : « de nos jours, il faut bien 500 hectares pour vivre décemment », m’explique Frederik. « Mais dans le coin, c’est vraiment difficile. Ce sont toujours les Polonais d’abord. Il y a pas mal de corruption. »

C’est que des Polonais, les Brandes s’en méfient. « Ils n’ont pas de travail, du coup ils volent les autres. » Et de me montrer leur nouveau tracteur dont le rétroviseur droit ainsi que les lampes arrière ont disparu… « Ici, il n’y a que des bandits ! » me lance le père de Frederik (56 ans). Aidé de ses deux fils, il est en train de bétonner le bâtiment où les machines agricoles passeront l’hiver… Frederik, lui, se demande pourquoi les Polonais sont ainsi. « C’est peut-être le communisme, les gens ne travaillaient pas pour eux, alors du coup… » S’ils ont des contacts avec les Polonais ? Pas encore. Juste pour les courses. « La nourriture, l’essence et les cigarettes, c’est vraiment moins cher ici. » Le frère aîné, celui qui compte s’installer, a commencé à apprendre le polonais. C’est qu’il faudra bien finir par s’intégrer… ou par intégrer les Polonais !



juil
25
Classé sous (Pustków, 80Studio, coopérative de production agricole, Turmvilla, LPG, Allgemein) de Charlotte à 25.07.2007

C’est Katrin, la correspondante locale du Sächsische Zeitung qui m’en avait parlé, de la coopérative de production agricole de Pustków. Après avoir assuré la couverture presse du Veloblog (Sächsische Zeitung, Deutsche Welle), je quitte à reculons la Turmvilla (1, 2), direction Pustków.

C’est sur le coup de 20h30 que j’atteins la petite (très petite) commune. Je me laisse indiquer le chemin menant à la coopérative agricole que je découvre en ruines. Impressionnant. Tous sont encore aux champs, difficile de négocier un toit. Peu importe, le coucher de soleil est magnifique et le calme règne aux alentours: l’occasion idéale d’étrenner ma tente (1, 2, 3)!

Je m’embarque dans un petit chemin à la sortie du village et hop, première à gauche derrière les arbres, je sors tout mon “fourbi” - comme diraient certains - et m’installe au bord du champ moissonné, près d’un mirador destiné aux chasseurs. Parfait!

J’apprendrai le lendemain qu’il s’agissait de l’ancien cimetière, du temps où la région était encore allemande… et surtout, que l’endroit est très fréquenté par les sangliers! Gouloups…

Merci à “80Studio” pour les photos et la bonne tranche de rire!



Malgré cette drôle de météo, ce sont les vacances d’été qui arrivent pour les élèves allemands et polonais qui viennent apprendre la langue du voisin chaque mardi soir à la Turmvilla. Une bonne quinzaine de personnes, la plupart de Bad Muskau ou de Łęknica, sont venus ce soir pour leur dernier « cours ».

Un cours pas vraiment comme les autres : tout le monde est déjà attablé quand je reviens de la mine à ciel ouvert de Nochten. Les participants, joyeux convives , fêtent leur départ en vacances ! Ambiance décontractée : on lève le verre en l’honneur de Christophe et on chante. C’est qu’en Pologne, la fête des prénoms est tout aussi importante qu’un anniversaire. Une petite vodka puis une deuxième : les discussions vont bon train, tantôt en allemand, tantôt en polonais. Soupe de champignons, pâtes au soja aromatisé ou cornichons de la région : chacun a amené de quoi festoyer. Les dames polonaises chantent à tue-tête des chansons du pays (1, 2). On parle de tout et de rien, la bonne humeur est au rendez-vous.

Une des deux dames jumelles de Łęknica me raconte un peu l’ambiance du bazar. C’est qu’elle parle vraiment vite ! Je ne suis pas sûre d’avoir tout compris, mais il paraît qu’avant, le bazar était bien plus grand, on gagnait bien plus et les Allemands faisaient la queue devant le poste frontière pour venir acheter en Pologne. Mon voisin de table, Micha, venu de Dresde retrouver sa mère participant au cours, me parle lui des festivals punks qu’il organise à travers l’Allemagne, des denrées jetées par les supermarchés qu’il récupère pour les redistribuer. Et Gabriele, sa mère, me bombarde d’informations toutes plus intéressantes les unes que les autres : de l’organisation des femmes chefs d’entreprises allemandes et polonaises au sein du Muskauer Salon, de la fête des 555 ans de la ville de Bad Muskau le 15 septembre prochain, du développement de sites internet adaptés pour les handicapés.

Bref, une soirée bien sympathique à l’issue de laquelle une journaliste du Sächsische Zeitung venue au cours de langue avec son ami polonais me propose de se retrouver le lendemain matin pour un article.



Triste mine? Ne croyez pas que je me sois laissée abattre par la première averse à me surprendre sur le chemin! Non. Il s’agit plutôt de cette rue à la sortie de Weisswasser, au sud de Bad Muskau, cette rue qui devient impasse (1, 2) et mène au « point de vue » donnant sur l’exploitation de lignite à ciel ouvert de Nochten comme sur les cheminées de Boxberg qui, longtemps, furent le symbole de la plus grande centrale électrique d’Allemagne.

« De la lignite vient l’énergie », scande l’entreprise exploitante Vattenfall. Et de la mine vient le travail pour ceux de la région. Mais aussi bien d’autres préoccupations comme l’engloutissement de plusieurs villages pour agrandir ce trou déjà immense. Plus de 3300 hectares.

C’est en contemplant l’ampleur de la chose que j’en suis arrivée à rencontrer Wolfgang Martin, venu réparer la roulotte- restaurant près du « point de vue ». C’est que son épouse va bientôt devoir fermer le restaurant qu’elle tient à Mühlrose, un des cinq villages amenés à disparaître dans le grand trou. « Il faut bien aller de l’avant, penser à l’avenir », me dit Wolfgang. Et d’ajouter que normalement sa femme pourra tenir le restaurant du centre d’informations que Vattenfall compte ouvrir prochainement près du « point de vue ».

Wolfgang Martin est chroniqueur de la région, employé par la commune de Trebendorf, un autre village en voie de disparition. « Tout a commencé en 1994, lorsque le land de Saxe a décidé d’agrandir le champ d’exploitation », m’explique Wolfgang. « La discussion du land avec les communes a échoué, mais à la fin, c’est la décision de l’état fédéral qui s’est imposée d’en haut : il fallait agrandir l’exploitation. » Aux dépens des communes comme des forêts ancestrales avoisinantes connues pour leur biosphère et chênes plusieurs fois centenaires, autrefois classées réserve naturelle…

Wolfgang se rappelle encore de l’ambiance quand, en 1999-2000, Vattenfall a pris contact avec les communes pour décider du déplacement des habitants. « Au début, les habitants se sont sentis pris au dépourvu. Puis il leur a bien fallu se résigner. » Depuis 2004, Wolfgang fait partie du conseil municipal de Trebendorf : « Vattenfall offre de coquettes sommes à ceux qui acceptent de quitter leur demeure. La plupart essayent d’en tirer le maximum. » Ce qui semble inquiéter Wolfgang, c’est surtout le risque de voir une fois de plus la région se dépeupler. Et surtout : « une partie de Schleife devra être évacuée. Or beaucoup de Sorabes y vivent. Schleife est le centre culturel sorabe de la région. » Et de m’expliquer que les Sorabes sont arrivés dans la région en l’an 600 avant Jésus Christ et qu’ils entretiennent aujourd’hui encore leurs propres langage et culture. « S’ils sont évacués, ils risquent de s’éparpiller et leur culture de peu à peu disparaître. » Un brin nostalgique, Wolfgang cite une devise de la région : « Le bon Dieu a créé un chez soi pour les Sorabes et le Diable y a enfoui de la lignite.”

Un peu plus loin, un employé de la mine qui avait écouté la conversation me rattrape pour me dire que lui aussi trouve cela dramatique. Mais il ne peut rien dire, car c’est le travail qui compte avant tout. Et Vattenfall est l’un des principaux employeurs de la région. « Et puis on gagne bien. » Il se sent bien gêné vis-à-vis des habitants obligés de déménager. Mais d’ajouter que c’est peut-être mieux de partir car même lui, qui habite dans un HLM au sud de Weisswasser, juste avant la rue qui devient impasse, n’en peut plus d’entendre le bruit des excavateurs, nuit et jour.

L’année prochaine, les premières maisons devront déjà être évacuées. Mais avant de disparaître partiellement dans l’immense trou, Trebendorf fêtera ses 625 ans les 7 et 8 septembre prochains: Wolfgang sera présent et toute l’histoire des lieux y sera contée aux plus curieux !



juil
23
Classé sous (parc de Muskau, Łęknica, Bad Muskau, bazar, Allgemein) de Charlotte à 23.07.2007

Tout le monde m’en a parlé, du bazar de Łęknica, côté polonais. C’est qu’on peut difficilement en faire abstraction. Des bus entiers viennent y décharger leurs consommateurs allemands, des familles arrivent en train pour y passer le week-end. Le tout à dix minutes à pied du parc de Muskau. Incroyable! Ca aussi, c’est la frontière.

On m’a dit “attention à votre sac”, on m’a dit “attention à ne pas vous perdre”, on m’a dit “attention à ne pas vous faire entourlouper”. Et moi, je n’ai ni perdu mon sac ni moi-même et n’ai rien acheté. Apparemment, le lundi après-midi, le bazar n’est pas le même.

Impossible d’acheter des pommes et des tomates à l’unité: les marchands m’ont offert les denrées en rigolant. De quoi se demander dans quelles proportions les Allemands viennent faire leurs courses… Finalement, je me décide à manger une “kiełbasa”. Et le dialogue s’instaure avec les Polonais tenant le stand. En polonais, allemand et charabia. Bref, ces monsieur dames m’expliquent en rigolant que le lundi, ce n’est pas très bon pour les affaires: du 20 euros en moyenne. Contrairement au dimanche où leur stand gagne autour de 120 euros. Oui, le bazar est grand, plus de mille petits magasins de taule… mais avant, c’était encore plus grand et ça gagnait mieux. Enfin, tout de même, beaucoup viennent encore travailler ici et certains font même deux heures de route pour ça. Dur dur…

Puis il en va de la France, de l’élégance des Parisiens etc etc. Provinciale, j’ai tenu ma langue et poursuivis mon chemin…



C’est Christoph - qui a jusqu’au 30 juillet 17 heures pour achever son mémoire sur les rencontres de jeunes germano-polonaises - qui m’a proposé de jouer le guide dans le parc voisin. Au grand dam de toutes celles et ceux qui ne cessent de lui recommander de rester à son bureau…

Et ma foi, Christoph est un bon guide! De point de vue en point en vue, il me traîne en vélo, moi et ma cheville un peu endommagée. Le Riesenberg, point culminant local, reste caché sous les nuages, mais plus loin, le château de Bad Muskau se révéle dans toute sa splendeur. C’est le côté allemand du parc de Muskau. L’immense parc paysager réalisé au XIXème sur ordre du Prince Hermann von Pückler s’étend toutefois de part et d’autre de la Neisse, comprenez de la frontière germano-polonaise (1, 2).

Et c’est peu avant sa fermeture, sur le coup de vingt heures, que nous franchissons celle-ci. Christoph me fait remarquer en passant que les horaires d’ouverture ne sont affichés que du côté allemand… puis m’entraîne plus loin, arpentant les terrasses du parc de Muzakowski, côté polonais cette fois. On remarque la volonté d’élaborer un paysage idéal. Plus loin, un énorme pont de pierre invite à la contemplation. Une partie de cache-cache est également possible… mais je n’en dirai pas plus.

A chacun de découvrir soi-même ces quelque 560 hectares inscrits depuis 2004 au patrimoine mondial de l’UNESCO.



La Turmvilla, je pourrais vous en parler et reparler! J’y suis restée une, deux, puis finalement trois nuits, renouvelant mon “permis de séjour” chaque matin auprès d’Anett. C’est qu’on se sent bien ici, on a du mal à partir, l’équipe est si sympathique…

La Turmvilla, à Bad Muskau, tout le monde connaît. “C’est le centre pour les jeunes, là-bas, près du parc de Muskau”, me dit une vieille dame sur la place du marché de la petite ville frontalière. C’est que le centre culturel a une histoire peu banale qui commence en 1990, peu après la chute du Mur. Les jeunes du coin se sont alors rassemblés dans l’Orangerie du château: tout semblait possible, la Terre allait tourner autrement! Jusqu’à ce qu’on leur demande d’aller voir ailleurs… Apparemment une tradition dans la région, avec le prince Hermann von Pückler qui avait déplacé les fermiers pour établir son parc aujourd’hui si admiré, avec Vattenfall qui fait disparaître des villages pour agrandir ses mines à ciel ouvert. Toujours est-il qu’après maintes négociations, les jeunes révolutionnaires obtinrent la permission d’occuper la Turmvilla et la Villa Caroline, les résidences alors vides qui accompagnaient au XIXème siècle les bassins des cures thermales. Un bail de 99 ans fut conclu, réconciliant partisans et opposants du “centre pour les jeunes”. Tout fut rénové et aujourd’hui, une pension à ambiance familiale a pris le relais.

Mais ce n’est pas tout: dans les bureaux, derrière la réception, une petite troupe s’agite pour faire du “germano-polonais” à qui en veut: rencontres de jeunes , formation de multiplicateurs, etc. Le tout dans la joie et la bonne humeur, bien sûr!

Le reste est à découvrir dans le livre d’or, dans la salle où chaque matin le petit-déj m’est gracieusement offert…



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