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Ca y est, je suis devant mon premier poste frontière! Je retourne tout mon sac pour trouver mon passeport qui ne reçoit même pas de tampon… bref. L’aventure continue, cette fois côté polonais à Sieniawka. Devant le bazar qui s’étend sous mes yeux, je décide de tester les clichés. Rencontre sur les lieux avec un consommateur allemand : Rencontre avec une marchande polonaise, non de cigarettes, mais de fruits et légumes:
Je les avais déjà remarquées, ces jolies maisons souvent situées dans le vieux centre des villages de la région. De bois et de torchis, rien de plus écolo! Très chouettes, mais souvent aussi vides et/ou à rénover. Rebecca me les avait présentées comme étant les maisons des tisserands de la région, car leur architecture était bien adaptée aux vibrations du métier à tisser. Mais de là à savoir ce qui est apparu en premier, les maisons ou les métiers à tisser, elle ne savait pas. Marek, de la coloc de Zittau, est lui tombé littéralement amoureux de ces maisons appelées en allemand “Umgebindehäuser”. Il soutient la Fondation Umgebindehaus qui veille à la sauvegarde de ce patrimoine régional. Pour l’instant, on compte quelque 20 000 maisons non seulement dans la région allemande de l’Oberlausitz (partie de la Saxe entre Weisswasser, Bischofswerda, Zittau et Görlitz) mais également en Pologne (au sud de la Neisse) et au nord de la République tchèque. Le problème, m’explique Marek en m’accompagnant en vélo jusqu’au prochain poste frontière, c’est que peu de personnes viennent s’installer dans la région pour travailler et que ceux qui y restent n’ont généralement pas de contrat de travail leur permettant d’acheter une telle maison. Et cela lui fait mal au coeur. Les maisons sont en train de se détériorer, doucement mais sûrement. Entre Löbau et Zittau, par exemple, quelque 5000 maisons ont été répertoriées, 4750 sont classées monuments historiques mais 375 restent vides. Un brin d’histoire qui tend à disparaître… d’où l’initiative de “bourse immobilière” lancée par la Fondation Umgebindehaus. Actuellement, une petite centaine de jolies maisons sont à vendre: faites donc plaisir à Marek! Eh non, je ne veux ni vous évoquer la culture trinationale de tomates écolos le long de la frontière, ni vous parler de ma tente si épiquement achetée avant le départ… Mais juste vous expliquer un peu comment “se vit” le Veloblog. Aller de projets en projets, c’est bien beau, mais encore faut-il trouver le temps et la connexion Internet pour vous les présenter et, si possible, en images! De là à trouver le temps de chercher où dormir, c’est une autre histoire! Résultat, j’en suis venu à tout combiner, à demander à mes interlocuteurs s’ils ne connaîtraient pas, par hasard, éventuellement, si cela ne dérange pas, un endroit où passer la nuit, un jardin, une colocation… et aussi, si, toujours par hasard, ils n’auraient pas une connexion Internet décente à disposition. A Grosshennersdorf - village alternatif depuis toujours ne cesse-t-on de me répéter, en ajoutant souvent “même du temps de la RDA” - ça s’est plus que bien passé. Rebelotte à Zittau: Kamil, le professeur de tchèque de la Schkola, m’a amenée dans une colocation plus que bien sympathique… et qui plus est, équipée d’Internet! Et le jardin dans tout ça? Eh bien, la chance étant là, ce soir-là, les colocataires organisaient un barbecue dans leur jardin, barbecue auquel je fus gracieusement invitée. De jeunes Allemands, Polonais et Tchèques étaient présents: “Un vrai barbecue trinational, organisé rien que pour toi!”, plaisante un des convives. Plusieurs sont en Allemagne pour enseigner leur langue maternelle, mais préféreraient donner des cours d’allemand dans leur pays d’origine. Ce petit monde se plaît toutefois à Zittau et prend plaisir à me vanter les mérites de la région. Je me suis presque laissée séduire par les dires des uns et des autres, les invitations à la baignade, à l’escalade ou à l’utilisation du vieux petit train pour aller dans les “Zittauer Gebirge”, les montagnes avoisinantes… Mais malheureusement, rien à voir avec la frontière Oder-Neisse: il me faut plier bagage et continuer mon chemin… plein de bons souvenirs en tête!
Non loin de la Mairie de Zittau, l’Internationales Hochschulinstitut - plus connu sous le nom de IHI - se veut européen. Depuis 1993, cinq établissements universitaires d’Allemagne (Zittau/Görlitz, Freiberg), de Pologne (Wrocław, Gliwice) et de République tchèque (Liberec) ont décidé de travailler ensemble pour proposer un enseignement de qualité à des étudiants possédant déjà l’équivalent du Bachelor (licence) dans leurs pays respectifs. Une université trinationale pleine d’ambition! Et voilà que madame Konschak, responsable de l’administration, me sort toute une série de chiffres plus impressionnants les uns que les autres: 80% des étudiants sont ici étrangers. On compterait 60% de Polonais mais aussi beaucoup de Tchèques et d’Allemands et puis des autres aussi, de neuf nationalités différentes. Seulement 300 étudiants sont pris chaque année, savamment sélectionnés par leur université d’origine, “université d’élites” oblige me fait-on comprendre.
Me voici maintenant au sud de Zittau, là où frontières germano-polonaise et germano-tchèque se croisent et donnent à la région le petit nom de “Dreiländereck”, le coin des trois pays. Dans l’école primaire du village de Hartau (450 hbs), dont j’avais rencontré le gérant lors du petit déjeuner, à la Alte Bäckerei de Grosshennersdorf… Les enfants jouent sous le soleil dans le jardin, les cartables sont restés dans les salles de classe: les grandes vacances approchent. A quelques kilomètres de là, côté tchèque, les petits camarades de l’école partenaire, eux, sont déjà en vacances depuis le début du mois. Les prochaines “journées rencontres” auront lieu à la rentrée. C’est qu’ici, à la Schkola, tout fonctionne un peu différemment. Le face-à-face entre l’enseignant et les élèves est inexistant, les enfants ne sont pas répartis par classe d’âge et puis, on travaille avec le pays voisin, en l’occurrence la République tchèque. Une fois par semaine, les uns ou les autres passent la frontière. “Autrefois, on donnait une liste des enfants aux douaniers et c’était bon, mais c’est de nouveau un peu plus compliqué”, explique Kristin, enseignante responsable d’une des quatre classes de l’école. “Les enfants ne doivent pas oublier leur carte d’identité, sinon ils sont obligés de rester à l’école.” Mais de là à considérer la frontière comme pénible, non: “à force de la passer, la frontière n’a plus rien d’extraordinaire!” Et la Schkola n’a pas attendu l’intégration de la République tchèque à l’Union européenne (mai 2004) pour se lancer. L’idée date de la réunification de l’Allemagne en 1990 et du système scolaire allemand alors imposé à l’Ouest comme à l’Est. Le tri entre les enfants ne nous plaisait pas, explique Mike, le gérant de l’école. Et nous voulions travailler avec les voisins. Depuis, il existe quatre établissements scolaires privés dans la région, travaillant en partenariat avec une école polonaise ou tchèque. L’apprentissage de la langue du voisin est également au programme. A Hartau, les 88 élèves inscrits apprennent ainsi le tchèque à raison de trois heures par semaine. “Je leur transmets des expressions utiles dans la vie de tous les jours”, explique Kamil, l’enseignant de langue maternelle tchèque faisant partie de l’équipe depuis l’ouverture de l’école, en 1999. “Et au bout de quatre ans à la Schkola, les enfants sont capables de me comprendre.” Kamil assure aussi des cours du soir pour les parents. Plusieurs familles ont déjà des contacts en République tchèque et le fait que les enfants apprennent la langue, c’est parfois une stimulation pour les parents, m’explique-t-on. Mais cela arrive aussi souvent que les enfants aillent plus souvent “de l’autre côté” que les parents. En général, les inscriptions sont d’ailleurs plus motivées par la méthode d’enseignement libre que par le partenariat avec le voisin, me fait-on remarquer. Mais les enfants, eux, ne se posent pas tant de questions et essayent de communiquer avec les camarades du pays voisin lors de leur travail en commun hebdomadaire… Rendez-vous est maintenant donné à la rentrée, bonnes vacances à tous! Je vous laisse écouter comment une famille de Genève rencontrée au détour d’une rue à Zittau découvre notre Grande Europe… Nous les retrouverons certainement vendredi à Görlitz-Zgorzelec pour notre “journée rencontres” (cf “programme détaillé”… en haut à gauche de la page, sous le flyer…). Grosshennersdorf m’aura vraiment marquée. Peut-être car Rebecca m’a fait rencontré des personnes toutes plus engagées les unes que les autres dans leurs projets. C’est qu’elle devrait ouvrir un bureau d’informations sur le village, elle qui convainc quasi les gens de s’installer dans la commune! Dernier exemple en date : Andreas, le nouveau voisin de Rebecca qui a passé le week-end en notre compagnie et a bel et bien décidé d’emménager dans l’ancienne école maternelle voisine. Il partagera entre autres le bail avec Sven. Sven a 29 ans, vient de Stuttgart, a étudié à Berlin puis est tombé amoureux de Grosshennersdorf au détour d’un voyage à la recherche de projets culturels alternatifs. C’est ce qu’il m’explique dimanche soir, après m’avoir proposé son accès Internet et ouvert une bouteille de vin de sa région pour finir tranquillement le week-end. Malheureusement, Sven ne peut pour l’instant exercer son métier de décorateur scénique à Grosshennersdorf. Pourtant il a tout essayé, jusqu’à remplir des dossiers et des dossiers afin de faire rénover une partie de la ferme appartenant à la cour du village et de la transformer en centre culturel avec scène de théâtre. Tout y est, même la pancarte « subventionnée par l’Union européenne » sur la façade. Et pourtant, rien ne se concrétise… Ne pouvant rester plus longtemps inactif, Sven a du, comme beaucoup de jeunes, quitter la région sur laquelle il avait jeté son dévolu. Direction Osnabrück. Les cartons sont déjà faits, mais son « à la maison » reste encore Grosshennersdorf. Qui sait, peut-être que son rêve sera entendu à Bruxelles ?
Drôle de titre, si je traduis littéralement le nom du “Begegnungzentrum”, n’est-ce pas?! Le “Begegnungszentrum im Dreieck”, pour être plus précise. Encore un projet du tonnerre! Je commence à comprendre que Grosshennersdorf est un village plutôt spécial, avec une certaine émulation culturelle… et me demande si je vais un jour quitter les lieux et commencer à pédaler, car Rebecca ne cesse de me présenter de nouvelles personnes aux initiatives toutes plus intéressantes les uns que les autres… Nous voici cette fois dans une ancienne ferme à l’architecture typique de la région, sauvée de la ruine dans les années 90. “Le corps de ferme a été racheté et il nous a fallu près de dix ans pour le rénover”, raconte Mechthild, responsable avant tout des ateliers théâtre avec les jeunes. ” Des workcamps internationaux et puis, à partir de 1997, le passage de compagnons du devoir nous ont permis d’achever les travaux de restauration”. Et le travail en vaut la peine, la bâtisse est vraiment magnifique! Depuis 1999 se déroulent ici des séminaires interculturels pour les jeunes, les écoles ainsi que des séminaires de formation pour les “multiplicateurs” de rencontres multiculturelles (animateurs, enseignants, etc.). Ateliers de musique, de théâtre, vidéo et design Internet sont proposés à longueur d’année. Des partenariats existent avec des écoles de la région, côté allemand, tchèque et polonais. D’où le nom de “triangle” (”Dreieck” en allemand) donné à la région comme au centre de rencontres. “Les interlocuteurs maîtrisent de mieux en mieux la langue de l’autre”, note Mechthild. Et d’ajouter: “ce sont surtout les Tchèques et les Polonais qui parlent de mieux en mieux allemand…” En ce dimanche plus qu’ensoleillé, un spectacle de pantomines columbiennes est proposé par Barbara et Elkin. Elkin vient de Colombie et sait à merveille enthousiasmer son public par ses drôles de gesticulations et mimiques. Drôle pour petits et grands, mais aussi un brin sérieux. Elkin espère ensuite aller au Festival international du mime de Périgueux mais doit pour cela obtenir les papiers nécessaires, comprenez l’autorisation de se déplacer dans notre chère Europe… “Ah les frontières… ” Que de choses à dire! Au détour d’un café, Elkin et Barbara proposent de nous rejoindre à Görlitz-Zgorzelec, pour co-animer la journée rencontres du Veloblog, de vendredi prochain. Si les démarches administratives d’Elkin le permettent.
Et ce n’est pas un bas signe de patriotisme de ma part mais une proposition de Rebecca: se rendre à la “Alte Bäckerei” voisine pour un petit-déjeuner buffet le dimanche matin, c’est quasi-tradition ici. On se retrouve souvent entre amis dans la cour de la maison qui, depuis une quinzaine d’années, héberge deux associations bien actives: la “Umweltbibliothek” (nous y reviendrons) et un petit cinéma. “Le plus petit cinéma d’Allemagne”, me dit Antje qui y travaille bénévolement depuis plusieurs années, remplissant laborieusement les formulaires pour recevoir les subventions. Le Kunstbauerkino comptait seulement 24 places jusqu’en septembre 2005, contre 62 maintenant. Chaque mois, quatre ou cinq films sont montrés, une semaine durant, du jeudi au mardi. Et pas des navets, svp: le cinéma a été primé en 2006 pour son “programme particulièrement bon” (BKM - Kinoprogrammpreis 2006). Rebecca se réjouit elle aussi de cette offre culturelle qui lui a entre autres récemment permis d’en savoir plus sur la vie de notre Edith Piaf nationale… Chaque année, le petit cinéma organise et accueille également le Festival de Films de la Neisse. La quatrième édition a eu lieu en mai dernier. Il s’agit d’offrir une plate-forme aux jeunes réalisateurs et acteurs d’Europe de l’Est, notamment aux Polonais et aux Tchèques, m’explique Antje. Un jury trinational (allemand, polonais et tchèque) remet un prix au meilleur film pour encourager la relève et la coopération entre les pays. Et en plus du visionnage des films qui a lieu dans plusieurs cinémas de la région, un workshop sur la réalisation d’un film est proposé aux jeunes pendant la semaine du festival. “Le festival attire non seulement les habitants à 50 kilomètres à la ronde mais également les cinéphiles et journalistes de plusieurs pays”, relate Antje. Rendez-vous au printemps prochain à la “Alter Bäckerei” pour un film avec petit-déj?!
Ca y est, je peux enfin vous livrer les premiers récits et ce, sans avoir encore donné un seul coup de pédales! Arrivée à la gare de Zittau, j’ai suivi à la lettre les indications de mon hôte, Rebecca, ai hissé mon vélo dans le bus pour atteindre aisément Grosshennersdorf, village d’un peu plus de 1600 habitants situé à une douzaine de kilomètres de Zittau, direction Löbau. Son village, Rebecca le raconte à merveille, elle qui vit depuis 1995 dans la région, après avoir un temps rêvé, jeune Américaine, d’être missionnaire protestante en Russie. Moi, je vais vous raconter l’histoire du centre pour handicapés. Tout commence au XVIIIème, avec la noble famille des von Gersdorf qui possédait là un humble château. Un tantinet révolutionnaire pour l’époque, une grande dame décida de fonder une école qui serait non seulement ouverte mais également obligatoire pour tous les enfants de la commune: la “Katharinenhof” devenue, au cours de l’histoire, le centre pour handicapés du village. Et l’histoire, le centre pour handicapés la raconte. Il y a là la stèle rappelant l’enlèvement de plus de 150 enfants handicapés par les nazis. Mais il y a aussi la “Umweltbibliothek” et la “alte Bäckerei”. C’est que du temps de la RDA, m’explique Rebecca, s’occuper des handicapés permettait de ne pas être trop confronté avec le régime politique, de vivre en marge de la société. Résultat, plusieurs personnes en désaccord avec le régime sont venus travailler au centre pour handicapés de Grosshennersdorf. L’occasion de se retrouver et de développer des projets alternatifs qui existent encore aujourd’hui… alors même que le centre pour handicapés reste l’employeur principal du village et que les LPGs made in GDR (coopératives de production agricoles) sont depuis bien longtemps à l’abandon. Pas très gai peut-être, pour un premier article, et pourtant: un bel exemple a contrario d’intégration des handicapés à la société ! Demain, Rebecca devrait m’emmener chez le voisin, le monsieur de la “Umweltbibliothek”, et puis nous parlerons de ce “triangle” (ou ce point?) où se rejoignent les frontières germano-polonaise et tchéco-polonaise. Mais avant, je profite de ce bon lit bien douillet: sait-on jamais! |